Rungis : Qui est le propriétaire du marché de gros ?

Aucun tableau Excel ne pourra jamais résumer la complexité du marché de Rungis. Ici, la propriété ne se mesure pas en parts de société privée. L’État veille, tout en confiant la gestion à la Semmaris, cette société d’économie mixte à la mécanique bien huilée. À la lisière du service public et de l’agilité entrepreneuriale, Rungis cultive sa singularité : un modèle hybride où la puissance publique garde la main sans étouffer l’audace des acteurs économiques.

Stéphane Layani, président de la Semmaris depuis plus d’une décennie, personnifie ce fonctionnement atypique. Récemment, l’actualité a braqué les projecteurs sur les nouveaux défis du site : extension, transformation des flux logistiques, et interrogations croissantes autour de la souveraineté alimentaire du pays.

Le marché de Rungis, un pilier de l’alimentation française

Le marché international de Rungis appartient au paysage français. À la frontière de Paris, dans le Val-de-Marne, il déploie ses 230 hectares, rivaux en superficie de la principauté de Monaco. Chaque nuit, des milliers de personnes s’y croisent : producteurs, grossistes, logisticiens, acheteurs. De là, plus de 3 millions de tonnes de fruits et légumes, viandes, produits laitiers et spécialités du monde entier prennent le chemin des marchés, restaurants ou collectivités, bien au-delà des frontières franciliennes.

Rungis, c’est d’abord un point d’ancrage. Sa force ? Rassembler tous les maillons de la filière alimentaire sur un même site, de la botte d’asperges française au saumon venu d’Écosse. L’organisation huilée du site, au carrefour routier et ferroviaire, garantit une distribution rapide, capable d’alimenter Paris et ses alentours sans accroc.

Héritier des Halles de Paris, le marché de gros de Rungis a gardé un esprit de service public, sans jamais tourner le dos au commerce international. Les secteurs fruits et légumes, produits carnés, produits laitiers forment la colonne vertébrale d’une offre foisonnante, vitrine du terroir et de l’ouverture au monde.

Quelques chiffres pour saisir l’ampleur du site :

  • 230 hectares intégralement dédiés à l’activité
  • Plus de 1200 entreprises présentes
  • Un million de professionnels foulant chaque année ses allées

La proximité avec Paris, la densité exceptionnelle de producteurs autour de la capitale et une logistique sans faille font du marché de Rungis une référence, observée jusque dans les plus grands marchés mondiaux. Ici, la diversité n’est pas un slogan, mais une réalité vécue chaque matin par les acteurs de la filière.

Qui détient réellement la propriété du marché de gros de Rungis ?

Le marché de gros de Rungis échappe à l’emprise d’un groupe privé ou d’une collectivité locale. Sa singularité se trouve dans la structure qui l’administre : la SEMMARIS (société d’économie mixte d’aménagement et de gestion du marché d’intérêt national de Rungis). Depuis 1965, au lendemain du déménagement des anciennes halles parisiennes, cette entité pilote, développe et fait évoluer le site.

Le capital de la SEMMARIS reflète une alliance rare entre secteur public et investisseurs privés. L’État, via la direction générale des finances publiques et le ministère de l’Agriculture, conserve la majorité. À ses côtés, la Caisse des Dépôts, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, et des partenaires bancaires complètent le tour de table. Voici comment se répartit la participation :

  • Environ 33 % pour l’État
  • Près de 33 % pour la Caisse des Dépôts et Consignations
  • 13 % pour la Chambre de commerce et d’industrie de Paris
  • Le solde pour des banques et investisseurs privés

La SEMMARIS, propriétaire et gestionnaire, accorde les autorisations d’occupation, investit dans l’amélioration des infrastructures et accompagne la transformation du site. Ce montage en société d’économie mixte garantit à la fois stabilité et capacité d’adaptation : le marché n’est pas soumis aux aléas de la spéculation, il s’inscrit dans la durée, au service de la filière agroalimentaire française.

Stéphane Layani : portrait d’un président au cœur de l’actualité

Stéphane Layani, polytechnicien et énarque, a pris les rênes de la SEMMARIS en 2012. Son parcours, partagé entre administration d’État et responsabilités dans l’agroalimentaire, lui permet de naviguer avec aisance entre exigences publiques et contraintes de terrain. Passé par Bercy et le ministère de l’Agriculture, il connaît le fonctionnement des grandes institutions, mais aussi les réalités économiques qui secouent la filière.

Depuis son arrivée, Rungis a changé de dimension. L’accent est mis sur l’ouverture, la modernisation, l’accélération de la digitalisation. La gestion du site s’adapte en permanence aux évolutions : prise de décisions rapide, réactivité face aux crises, attention constante aux besoins des producteurs et grossistes. Layani défend une ambition claire : affirmer Rungis comme plateforme alimentaire européenne, sans perdre le contact avec le tissu local.

Sa méthode repose sur deux piliers : transparence et dialogue social. Les épreuves récentes, pandémie, hausse des coûts de l’énergie, inflation, l’ont contraint à réinventer l’approvisionnement et à faire entendre la voix du marché dans les médias. Son engagement est remarqué : défense de la mission d’intérêt général, explication du modèle de société d’économie mixte, dialogue constant avec les acteurs de la chaîne.

Stéphane Layani s’impose, au fil des crises et des réformes, comme l’une des figures incontournables de l’agroalimentaire français. Il incarne une gouvernance qui ne cède ni à la routine ni à l’improvisation, toujours guidée par la nécessité de garantir l’accès quotidien à des produits frais et variés, pour les marchés franciliens comme pour bien d’autres régions.

Femme âgée souriante devant le marché de Rungis

Projets d’extension et enjeux économiques : quelles perspectives pour Rungis ?

Le marché international de Rungis occupe déjà 234 hectares, mais les ambitions vont plus loin. Avec le plan Rungis 2025, la SEMMARIS et ses partenaires publics initient une expansion inédite. L’objectif : absorber la croissance démographique de l’Île-de-France, s’adapter à la montée de la logistique urbaine, et intégrer de nouveaux segments comme le bio.

Un pavillon entièrement consacré aux produits biologiques a ouvert ses portes. La modernisation des équipements s’accélère : des investissements massifs sont engagés pour renforcer la chaîne du froid, améliorer la gestion des déchets et sécuriser la plateforme sur le plan sanitaire. Face à la concurrence et à l’évolution des attentes, Rungis ne peut se permettre de ralentir.

L’extension vers Chevilly-Larue et le développement de corridors logistiques vers Roissy ou la Normandie illustrent cette volonté de rester un point névralgique dans la circulation des denrées alimentaires. Rungis inspire ailleurs : la SEMMARIS conseille des marchés émergents, de Montréal à Dubaï, tout en renforçant la coopération avec la SNCF pour fluidifier les flux ferroviaires.

Ce marché d’intérêt national affronte des défis majeurs : concurrence féroce des plateformes numériques, pression constante sur les marges, bouleversements dans les habitudes de consommation. L’équilibre entre ancrage local et ouverture mondiale devient la boussole pour les années à venir. Rungis avance, non pas en regardant dans le rétroviseur, mais en ouvrant la voie à de nouveaux modèles de distribution et de gouvernance. Le géant du Val-de-Marne n’a pas fini de surprendre.

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