Un CDD qui arrive à son terme génère deux flux financiers distincts pour le salarié : une indemnité de fin de contrat (dite prime de précarité) versée par l’employeur, et une éventuelle allocation chômage (ARE) versée par France Travail. Ces deux mécanismes obéissent à des règles différentes, et leur articulation détermine le montant réel perçu après la fin du contrat.
Indemnité de précarité CDD : calcul et cas de suppression
La prime de précarité représente un pourcentage de la rémunération brute totale perçue pendant le CDD. Le Code du travail fixe ce taux à 10 %, sauf accord de branche prévoyant un taux inférieur en contrepartie d’un accès à la formation professionnelle.
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Cette indemnité compense la situation instable du salarié en contrat court. Elle est versée avec le dernier salaire et figure sur le dernier bulletin de paie.
Plusieurs situations entraînent la perte de cette prime :
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- Le salarié refuse un CDI proposé par le même employeur pour un poste équivalent, avec une rémunération au moins égale.
- Le CDD débouche sur une embauche en CDI sans interruption entre les deux contrats.
- Le contrat est rompu pour faute grave du salarié ou en cas de force majeure.
- Le CDD relève d’un emploi saisonnier ou d’un contrat d’usage, sauf disposition conventionnelle contraire.
Un point souvent mal compris : la prime de précarité est soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu. Elle entre aussi dans le calcul du salaire journalier de référence (SJR) utilisé par France Travail pour déterminer le montant de l’ARE.

Conditions d’ouverture de l’ARE après un CDD
L’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) est accessible aux salariés involontairement privés d’emploi. La fin normale d’un CDD, c’est-à-dire l’arrivée du terme prévu, constitue une perte involontaire d’emploi. Le salarié peut donc s’inscrire à France Travail et demander l’ARE.
La condition d’affiliation minimale exige d’avoir travaillé suffisamment longtemps au cours des mois précédant la fin du contrat. Cette durée d’affiliation conditionne aussi la durée d’indemnisation.
Durée d’indemnisation selon l’âge
Les plafonds de durée d’indemnisation après une fin de CDD restent ceux du régime classique. Pour les salariés de moins de 55 ans, la durée maximale est de 18 mois. Entre 55 et 56 ans, elle passe à 22,5 mois. A partir de 57 ans, elle peut atteindre 27 mois.
Ces durées n’ont pas été modifiées par la réforme prévue au 1er septembre 2026 (loi n° 2026-470 du 11 juin 2026), qui réduit les durées d’indemnisation uniquement pour les ruptures conventionnelles individuelles. Les fins de CDD conservent le régime d’indemnisation classique.
Rupture anticipée du CDD et droit au chômage
La rupture avant le terme modifie l’analyse. Le résultat dépend de l’auteur de la rupture et de son motif.
Lorsque l’employeur rompt le CDD de manière anticipée sans motif légal (faute grave, force majeure, inaptitude), le salarié peut prétendre à des dommages et intérêts correspondant aux rémunérations restant dues jusqu’au terme. Dans ce cas, l’ARE ne commence qu’à la date de fin initialement prévue dans le contrat.
Lorsque le salarié rompt le CDD de sa propre initiative sans justification prévue par la loi, cette rupture est assimilée à une démission. L’accès à l’ARE est alors bloqué, sauf cas de démission légitime (violences conjugales, non-paiement des salaires, embauche en CDI qui échoue pendant la période d’essai, par exemple).
Démission et réexamen par France Travail
Un salarié qui démissionne d’un CDD sans motif légitime peut, après un délai de carence, demander un réexamen de sa situation auprès de l’instance paritaire régionale. Cette procédure permet parfois d’ouvrir des droits à l’ARE, mais elle reste soumise à l’appréciation au cas par cas de la commission.

Refus de CDI après un CDD : impact sur les droits et la prime de précarité
Depuis la loi marché du travail, le refus par un salarié d’un CDI proposé par le même employeur à l’issue d’un CDD peut avoir des conséquences sur deux plans.
Sur la prime de précarité d’abord : si le CDI proposé porte sur un emploi identique ou similaire, avec une rémunération au moins équivalente et un lieu de travail inchangé, le refus du salarié supprime le droit à l’indemnité de précarité.
Sur l’ARE ensuite : l’employeur doit notifier le refus de CDI à France Travail. Deux refus de CDI sur une période de douze mois peuvent entraîner la perte du droit à l’allocation chômage. La distinction entre secteur privé et secteur public mérite attention : en droit public, le refus de renouvellement d’un CDD par un agent contractuel n’est pas assimilé à une démission et ne prive pas automatiquement du droit au chômage, contrairement à ce que certains employeurs publics estiment.
Articulation entre indemnité de précarité et montant de l’ARE
La prime de précarité et l’ARE ne se substituent pas l’une à l’autre. La prime est un droit lié au contrat de travail. L’ARE est un droit lié à l’assurance chômage.
Le salaire journalier de référence, base du calcul de l’ARE, intègre la prime de précarité dans l’assiette des rémunérations déclarées. Un CDD avec prime de précarité produit donc un SJR légèrement supérieur à ce qu’il serait sans cette prime, ce qui peut relever le montant journalier de l’allocation.
Sur le plan fiscal, la prime de précarité est imposable comme un salaire. L’ARE est elle aussi soumise à l’impôt sur le revenu. Les deux revenus doivent être déclarés l’année de leur perception.
La fin d’un CDD ouvre souvent des droits sur les deux volets, mais chaque cas comporte des variables liées à la durée du contrat, au motif de la rupture et aux propositions de l’employeur. Vérifier son attestation employeur et s’inscrire à France Travail dans les délais reste la première étape concrète pour sécuriser l’accès à l’ARE.

